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Un commentateur à la hauteur

Dans le journal Franc Tireur du 14 juin dernier, Christophe Barbier, le journaliste bien connu, ancien patron de L’Express, tient un propos exemplaire sur l’Art Oratoire. Son article commence ainsi : « L’histoire de la présidentielle est jalonnée par des meetings mythiques, gravés dans la mémoire des militants. Ils se distinguent des autres réunions publiques parce qu’ils sont nimbés d’une atmosphère de transfiguration : c’est le moment où le candidat semble devenir président de la République, prendre une nouvelle dimension, s’arracher à sa seule ambition pour embrasser un destin. » Il a vu cette transfiguration chez Mitterrand le 21 avril 1981 à Toulouse, chez Nicolas Sarkozy le 14 janvier 2007 à Paris Porte de Versailles et chez Emmanuel Macron le 10 décembre 2016 au même endroit. Nous l’avons vue aussi, plus éclatante à notre avis chez Mitterrand que chez les deux autres.

La présence physique permet d’aller au déjà d’une simple communication

Et Christophe Barbier attribue bien cette transfiguration à l’Art Oratoire du candidat. Il poursuit en effet : « Dans la campagne actuelle, les principaux candidats [Attal, Retailleau, …] ont tous organisé un grand meeting pour s’affirmer devant l’opinion publique, [mais] un tel moment magique n’est advenu nulle part. Aucun moment d’Art Oratoire inoubliable n’a enluminé les discours, plus tactiques qu’inspirés. »

La plupart des journalistes, comme Alain Duhamel que nous avons déjà cité ici, pensent que l’Art Oratoire n’est que de la poudre aux yeux. En somme, « de la com’ ». Christophe Barbier est une exception et c’est un bonheur de le voir défendre notre cause dans cet article. Au caractère « enluminé » du discours, tenant à la présence physique et vocale du grand orateur, il associe son caractère « inspiré », tenant évidemment à la hauteur de la vision qu’il propose au public.

Le public, co-créateur du discours

Dans notre pays de cartésiens, on pense toujours que l’orateur prépare son discours seul avant l’action. Ensuite son corps à la tribune ne sert que de vecteur de transport du discours vers le public. Autrement dit, à part quelques adaptations de détail consenties à l’écoute de certaines de ses réactions, le public n’apporte rien d’essentiel à l’orateur qui puisse l’aider à mieux penser.

Nous soutenons le contraire. Au contact physique du public, le bon et bel orateur perçoit par tous ses sens l’état du monde qu’il veut transformer. Il s’expose physiquement à lui sans défense et avec passion. Ce qui monte alors de ce monde vers lui l’élève corps et âme à la hauteur de la fonction qu’il est venu y tenir et le voilà transfiguré et inspiré.

L’orateur doit-il donc attendre de se trouver face au public pour inventer en direct son discours ? Aucunement. Il doit simplement préparer l’oral par l’oral, pour mettre dans cette préparation son cerveau au plus près de ce qu’il aura à vivre au contact du public. La plupart des futurs orateurs font le contraire. Ils se jettent sur leur ordinateur pour préparer l’oral par l’écrit, dont une fois à la tribune ils ne sortiront pas.

Stéphane André