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Les types d’orateurs et leur impact

Je me souviens d’avoir étudié à l’ESSEC les différents types de managers, selon les critères de la « grille managériale de Blake et Mouton ». À l’Ecole de l’Art Oratoire, nous avons étudié les différents types d’orateurs selon les critères physiques et vocaux de l’Art Oratoire. Nous avons ainsi construit une « grille du leadership » montrant quatre types d’orateurs : les experts, les coachs, les chefs et les leaders. Ceux qui parviennent aux plus hautes fonctions d’un état sont le plus souvent des chefs ou des leaders. Ce n’est pas forcément le cas en entreprise, où les managers ne sont pas élus. Mais il est certain que, dans l’entreprise comme en politique, ce sont les chefs et les leaders qui obtiennent les plus forts impacts sur leurs publics. Comparons les effets obtenus par ces deux types d’orateurs.

L’orateur chef

Les chefs montrent leur force. Raideur de piquet et visage de carton. Plus souvent tête en avant, tension faciale, tics d’épaule, gestes saccadés, et voix plus ou moins gutturale. Ils projettent tant de force dans la face, que leurs yeux, quand ils ne sont pas vides, fusillent les auditeurs du regard. Leur débauche d’énergie physique s’accompagne toujours de messages brutaux. Ils imposent leurs points de vue et ceux qui se risquent à les contredire le paient cher.

Exemples d’orateurs chefs. Les Etats-Unis souffrent depuis quelques années d’une grande instabilité politique (la tentative de prise du Capitole en 2021 en est le symptôme le plus flagrant) et de graves difficultés économiques (Déficit commercial de 773 milliards de dollars, plus gros déficit commercial au monde, dette extérieure de 121,31% du PIB en 2022). Pour s’en sortir les Américains se sont choisis un orateur chef : Donald Trump. Il faut encore ici le prendre en exemple, tant il éclaire notre réflexion. Songeant aux orateurs de ce type, un autre vient naturellement à l’esprit. En 1933, la République de Weimar souffrait aussi d’une grave instabilité politique et de sévères difficultés économiques dues à la crise de 1929. Pour s’en sortir, les Allemands se sont aussi choisis un orateur chef, Hitler. Ce qui le singularise dans cette catégorie, c’est qu’il en a poussé les caractéristiques physiques, vocales et par conséquent intellectuelles, au paroxysme. Les orateurs chefs divisent.

L’orateur leader

Voyons maintenant les caractéristiques physiques des orateurs leaders. Ils n’ont pas besoin de montrer leur force pour la faire sentir. Elle est ainsi beaucoup plus  impressionnante. Elle est dans leur dos, qui les tient dans une exceptionnelle verticalité, sans aucune rigidité. Leur face est détendue, même dans les passages de leurs discours les plus chargés d’émotion. Leur regard brille d’un intérêt constant pour leurs auditeurs. Leurs gestes sont souples, bas et près du corps. Leur voix, belle et bien timbrée, fait entendre toutes les nuances de la gamme des sentiments humains. Ces orateurs passionnent leurs publics. Ils exposent leurs points de vue sans faire mine de l’imposer.

Exemple d’orateurs leaders. Nous avons connu en France deux orateurs leader dans notre Histoire récente. En 1958, la quatrième République était à bout de souffle. Pour se sortir de la double crise politique et économique qui secouait le pays, les Français se sont choisis un orateur leader, le Général de Gaulle. Et en 1992 un autre, François Mitterrand, fut essentiel à la réconciliation de la France avec l’Allemagne. Elle aboutit le 7 février 1992 à la signature du traité de Maastricht. Il faut revoir François Mitterrand, le 3 septembre 1992, dans son débat victorieux contre le souverainiste Philippe Séguin. Par référendum, le 20 septembre suivant, la France ratifia ce traité. Quoi qu’épuisé par la maladie, François Mitterrand fut ce soir-là un orateur leader. Les orateurs leaders rassemblent.

L’orateur expert et l’orateur coach : l’exemple de Macron

Aujourd’hui, notre cinquième République semble à bout de souffle, comme la quatrième en 1958. À nouveau instabilité politique et crise économique. Et à nouveau l’Europe doit s’unir pour préserver ses valeurs et sa liberté. Orateur tantôt expert, tantôt coach, le Président Macron, fait ce qu’il peut. Expert, il s’exprime nonchalamment sur un sujet qu’il maîtrise bien, mais sans énergie physique et le regard souvent perdu pour réfléchir. Coach, il s’accoude paresseusement à la table, le regard dans celui de ses interviewers, comme pour les aider à réfléchir. D’où le choix du terme coach. Mais ça n’est plus un regard de Président, c’est un regard intime, de personne à personne, comme s’il était seul avec les journalistes. Dans les deux cas, il n’incarne pas la Présidence. Il n’incarne que lui-même.

Souhaitons que pour le remplacer, aux prochaines élections présidentielles les Français se choisissent un orateur leader plutôt qu’un orateur chef.

 

Stéphane André