
































Dans le numéro d’avril de Philosophie Magazine, le philosophe Martin Legros titre son article « Place au différent » avec l’accroche suivante : « La culture du « clash » permanent a détérioré la conversation publique. Mais au lieu de lui opposer l’idéal d’un échange rationnel et policé, peut-être serait-il plus fécond de renouer avec l’art de la dispute cher à Aristote ».
Faut-il, demande ce philosophe, revenir à la discipline de l’éristique qui faisait dans l’Antiquité la qualité des débats entre les écoles philosophiques, ou à celle de la disputatio, « clé de voûte », dit-il, « de la transmission et de la production des savoirs » dans l’université au Moyen Âge ? La réponse à sa question relève de l’utopie. Qui décréterait ce retour ? Et Montesquieu lui répondrait qu’« on ne change pas les mœurs par décret ». Car ce désordre permanent dans nos débats relève bien de mœurs dévoyées.
En réalité, les disciplines de l’éristique et de la disputatio sont descendues par sédimentation au long des siècles jusque dans le cerveau de nos plus modestes instituteurs, sans qu’ils en aient forcément conscience. Elles sont donc disponibles dans l’esprit de nos débatteurs d’aujourd’hui. Il n’est pas besoin de les y réimplanter. Elles pourraient même faire rayonner à nouveau notre vieille Europe dans le monde, si nos débatteurs redevenaient des orateurs.
Martin Legros frôle dans cet article la solution du corps, pourtant sans s’y arrêter. 1- Il écrit que la détérioration actuelle de la qualité de nos débats « peut déboucher sur une brutalisation physique du désaccord politique », ce qui est bien vrai. 2- Il accuse les réseaux sociaux d’être à l’origine de la dégradation de nos débats, sans pourtant remarquer que les corps y sont absents. 3- Une photo pleine page illustrant l’article montre le député André Chassaigne à l’Assemblée nationale maltraitant, c’est-à-dire oubliant son corps, le visage déformé par la colère, hurlant et pointant du doigt ses adversaires au bout d’un bras tendu. Mais la question ne vient pourtant pas à l’esprit de ce philosophe, de la maltraitance que nos orateurs infligent aujourd’hui à leur propre corps. Il ne cherche pas à interroger des connaisseurs du corps humain que sont par exemple les sportifs ou les médecins. Et nous n’aurions surement pas de mal à montrer des exemples de la réciproque.
Le sociologue Edgar Morin est devenu l’un des maîtres à penser de notre école, parce qu’il s’est toujours désolé de la « disjonction » des savoirs. Il s’est attaché dans ses propres recherches, contrairement à ceux qu’il appelle des « spécialistes », à les rapprocher. Suivant sa démarche, il fut essentiel pour notre compréhension du savoir-faire des grands orateurs de croiser les savoirs du maître de l’art dramatique Louis Jouvet et du neurobiologiste américain Antonio Damasio. Nous avons pu ainsi montrer à nos élèves qu’à condition de réinviter le corps dans leurs paroles publiques, ils pouvaient logiquement conduire leurs débats selon l’art de la dispute cher à Aristote, sans jamais l’avoir lu ou en avoir entendu parler.
Stéphane André
































































| Cookie | Durée | Description |
|---|---|---|
| cli_user_preference | 1 an | Stocke le statut de consentement des cookies de l'utilisateur. |
| cookielawinfo-checkbox-advertisement | 1 an | Ce cookie est installé par le module de bannière de cookies. Il est utilisé pour enregistrer le consentement de l'utilisateur pour les cookies de type "Publicitaires". |
| cookielawinfo-checkbox-analytics | 1 an | Ce cookie est installé par le module de bannière de cookies. Il est utilisé pour enregistrer le consentement de l'utilisateur pour les cookies de type "Statistiques". |
| cookielawinfo-checkbox-necessary | 1 an | Ce cookie est installé par le module de bannière de cookies. Il est utilisé pour enregistrer le consentement de l'utilisateur pour les cookies de type "Nécessaire". |
| CookieLawInfoConsent | 1 an | Utilisé pour stocker votre consentement à l’utilisation des cookies |
| sbjs_current | 3 mois | Ce cookie sert à identifier la source d'une visite et à stocker des informations sur les actions de l'utilisateur à ce sujet dans un cookie. Il s'agit d'un cookie analytique et comportemental utilisé pour améliorer l'expérience des visiteurs sur le site Web. |
| viewed_cookie_policy | 1 an | Ce cookie est installé par le module de bannière de cookies, il est utilisé pour enregistrer le fait que vous ayez ou non accepté l'utilisation de cookies. Il ne stocke aucune information personnelle. |
| Cookie | Durée | Description |
|---|---|---|
| _ga_0WJHETM7LQ | 2 ans | Ce cookie est installé par Google Analytics. Le cookie est utilisé pour enregistrer vos visites et suivre votre utilisation du site, à des fins de mesures statistiques et de mesure d'audience. Le cookie stocke des informations anonymes et assigne un nombre aléatoire pour identifier les visiteurs uniques. |
| sbjs_current_add | Ce cookie sert à identifier la source d'une visite et à stocker des informations sur les actions de l'utilisateur à ce sujet dans un cookie. Il s'agit d'un cookie analytique et comportemental utilisé pour améliorer l'expérience des visiteurs sur le site Web. | |
| sbjs_first | 3 mois | Ce cookie sert à identifier la source d'une visite et à stocker des informations sur les actions de l'utilisateur à ce sujet dans un cookie. Il s'agit d'un cookie analytique et comportemental utilisé pour améliorer l'expérience des visiteurs sur le site Web. |
| sbjs_migrations | 3 mois | Ce cookie permet d'identifier la source d'une visite et de stocker des informations sur les actions de l'utilisateur à ce sujet dans un cookie. Il s'agit d'un cookie analytique et comportemental utilisé pour améliorer l'expérience des visiteurs sur le site Web. |