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La peur de parler en public n’est pas une maladie

Le 6 mai dernier, sur la radio généraliste Europe 1, l’animateur Thomas Isle consacre une partie de sa matinale à la question de la confiance en soi. C’est un sujet à la mode, relayé par tout ce qui se publie aujourd’hui sur le développement personnel. Son émergence dans l’actualité coïncide curieusement avec une montée de l’agressivité dans notre vie publique. Et bien sûr, quand l’agressivité augmente dans les relations, la confiance en soi diminue. D’où l’apparente urgence d’en traiter jusque dans les médias.

Le manque d’échange favorise l’agressivité

Mais pourquoi l’agressivité dans les relations augmente-t-elle ? La plupart des orateurs aujourd’hui lisent leurs exposés dès que leur prise de parole comporte le moindre enjeu. Ils se voûtent sur leurs notes et s’en tiennent au texte prévu sans changer une virgule. À force de ne plus dialoguer, les membres d’une communauté finissent par s’agresser entre eux. Ce qui prouve aussi que quand la confiance en soi diminue, l’agressivité dans les relations augmente. C’est un cercle infernal que la mode du développement personnel ne rompra pas. Tendant à favoriser le nombrilisme de ses adeptes, elle risque au contraire de l’aggraver. Et frisant la thérapie, elle suppose à ses adeptes un problème personnel à résoudre, alors qu’il n’en est rien.

Nous l’avons dit très tôt dans notre école, la peur de parler en public est d’origine culturelle. Elle est née dans notre culture européenne du mode d’éducation qui lui est propre, néfaste pour l’oral. Les Français éprouvent cette peur bien plus que les Américains ou les Nigérians. Un Français qui vit quelques années aux États-Unis la perd. S’il est incontestable que cette peur est une souffrance, c’est donc une sociopathie, mais surement pas une psychopathie. Que ceux qui en souffrent ne pensent pas qu’ils sont malades.

Entrainer son corps à la prise de parole

Partons donc de l’idée que chacun d’entre nous est parfaitement équipé pour parler en public. Il devient possible de lui donner des consignes pour l’y entraîner comme un entraîneur en donne à des sportifs. Il les recevra toujours avec intérêt. En les suivant, il augmentera ses performances oratoires, en même temps que son bonheur à pratiquer, et le bonheur de ses auditeurs à l’écouter. Ainsi, au début de chacun de ses exposés, sa peur disparaîtra.

Travailler son regard sur le public

La première consigne que nous donnons à nos élèves brise le cercle infernal de l’agressivité et du manque de confiance en soi. Elle concerne le regard qu’ils doivent porter sur leur public. Mais elle ne se borne pas à leur demander de regarder leur public. Elle leur dit comment le regarder. Il faut bien sûr que nos élèves s’entraînent – nous restons bien dans le domaine du sport – à ce « geste » du regard sur l’autre, très nouveau pour eux. À partir de là, le cercle infernal se brise et l’orateur prend son essor. Ses propos se font concis et pertinents. Les défauts qui l’aidaient instinctivement à traiter sa peur, mots parasites, fautes de français ou langue de bois, disparaissent.

Nous n’aimons pas pointer les défauts de langage chez nos élèves et encore moins nous en moquer. Nous préférons par le travail les remettre sur le chemin de l’Art Oratoire dont, dès l’enfance, nos éducateurs les ont détournés. À force de toujours devoir, pour leur complaire, « faire attention à ce que l’on va dire », on finit par perdre confiance en soi et c’est le début du cercle infernal.

Stéphane André