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L’Homme est un animal social lorsqu’il parle

Dans son livre Seul avec tous, le metteur en scène et comédien Laurent Terzieff écrivait : « C‘est extraordinaire de voir jouer un chat. Tout le théâtre est là. Il se crée un ennemi, décide : c’est la balle ou moi. Il se fait des fausses peurs, il invente le psychodrame. C’est là qu’on voit l’importance de l’instinct ludique. Le monde animal apprend par le jeu. Les enfants aussi, en improvisant des saynètes. C’est une des raisons qui me font juger préférable pour un acteur de commencer jeune : pour garder cette animalité »

La parole : un jeu animal instinctif

Souvent les saynètes que jouent les enfants passent par l’imitation des parents, dont ils se moquent gentiment. Et si nous en rions tant, c’est qu’ils saisissent bien nos petits travers. Ils jouent juste. Les petits animaux qu’ils sont apprennent aussi par le jeu le rapport à l’autre dans la vie sociale. Ils jouent juste parce qu’ils ne sont à cet âge qu’animalité, totalement habités comme le chat qui joue avec sa balle, par l’instinct ludique.

Cette analyse de Laurent Terzieff a d’abord l’intérêt de donner son véritable sens au mot « jouer », qui qualifie le travail de l’acteur. Il échappe en général au manager ou à l’enseignant, quand on lui parle de théâtre pour l’aider dans ses paroles publiques. « Je ne suis pas là pour jouer » dit-il. Terzieff dit clairement que pour le comédien, l’échange des répliques sur scène est un jeu animal comme celui du chat avec sa balle. Il lui est indispensable sur scène pour jouer juste. De même, il faut que les orateurs dans la vie publique jouent leurs rôles en retrouvant par la technique leur propre animalité, s’ils veulent, comme les comédiens dans le théâtre, les jouer juste dans l’entreprise, au tribunal ou en politique.

Utiliser le corps pour parler en public

Nous parlons trop souvent en public avec nos seules têtes, et pas avec tout notre corps. Ce qui fait que nous n’incarnons nos rôles ni physiquement ni par conséquent intellectuellement, croyant pourtant de bonne foi les incarner. En Art Oratoire, la tête sans le corps ne s’élève jamais à la hauteur du rôle. Ne cherchons pas plus loin la cause des multiples conflits, larvés ou manifestes, qui surgissent dans nos réunions.

Concluons avec Laurent Terzieff. Dans le texte cité au début de cet article, il écrivait aussi : « Un acteur qui n’a pas un grand potentiel physique aura beaucoup de mal à se développer dans le métier ». Notre école se donne pour mission de développer le potentiel physique naturellement disponible chez tous nos élèves, pour qu’ils soient de bons orateurs dans leurs rôles publics.