
































Pour orienter des courants contraires vers la réalisation d’un projet commun, dans une entreprise, une nation, un continent ou un monde en crise, il faut deux conditions. La première est d’occuper dans l’organisation la fonction la plus haute. La seconde est d’être capable d’y produire un discours qui rassemble.
La première condition donne accès à des interlocuteurs et des documents inaccessibles aux autres fonctions. C’est le bagage nécessaire pour analyser l’état de l’organisation et son environnement. Mais ce nécessaire n’est pas suffisant. Il faut en plus, c’est la seconde condition, que le dirigeant sorte de ses documents et de l’entre-soi des cercles du pouvoir pour venir s’exposer sans défense devant l’incarnation de cette organisation : le personnel de l’entreprise s’il est à sa tête, le parlement de son pays s’il est Premier ministre, l’assemblée des représentants des pays du monde à l’ONU s’il est son Secrétaire général. Et c’est l’instant sacré du discours.
Alors seulement, avant même de prononcer ses premiers mots, le dirigeant comprend son organisation au sens le plus fort du mot. Comprendre, en latin, c’est cum « avec » et prehendere « prendre, saisir ». Il embrasse par la pensée la totalité de l’organisation, avec tous ses courants contraires. Muni du nécessaire (ce qu’il sait déjà d’elle), et recevant physiquement la vie de cette organisation malade de ses conflits, il accède au suffisant pour proposer une vision dans un discours qui la rassemble. Une force monte en lui qui va le porter à dire des mots bien plus forts que ceux qu’il pensait dire en préparant son discours, des mots qui vont le surprendre lui-même et émouvoir son organisation toute entière. Alors une vision pour la sortir de la crise va se dessiner dans son discours.
S’il est un mot galvaudé lorsqu’on évoque la capacité du responsable à piloter son organisation dans la crise, c’est le mot vision. Aucun dirigeant n’en porte une pour son organisation, à moins qu’il ne vienne s’exposer sans défense devant elle. D’abstrait quand il la voyait sur un organigramme, elle devient alors pour lui un public d’êtres humains, qui fait de lui un orateur et l’élève à la hauteur de sa fonction. Alors, c’est elle qui parle par sa bouche et qui le surprend par les mots et le ton du discours, comme elle surprend toute l’organisation en lui faisant oublier les conflits qui la traversent.
Il faut expliquer le « sans défense ». Il signifie que le dirigeant s’avance naïvement à la tribune, avec le regard toujours curieux de l’enfant qui n’a pas encore appris la peur des autres. Vers cinq ans, l’enfant a naturellement ce regard pour les autres. L’adulte montant à la tribune peut et doit avoir ce regard pour son public. Cette curiosité sincère le redresse très mécaniquement pour mieux voir, et détend sa face. Le voilà alors plus que jamais exposé au public et aux coups qu’il pourrait en recevoir, qui curieusement ne viennent pas. Cette posture est caractéristique des grands leaders. Elle exprime pleinement le sans-défense face au public.
Sébastien Lecornu a échoué par son seul discours (sans passer par le 49.3) à mobiliser le Parlement pour qu’il donne un budget à la nation. Après cet échec, le 23 décembre, il a repris la parole sur le perron de Matignon. Mais il ne s’est pas avancé naïvement devant les caméras. Comme à son habitude depuis qu’il est Premier ministre, baissant le front comme un taurillon qui charge, le regard embusqué sous ses sombres sourcils et rythmant ses propos de coups de tête, il s’est au contraire avancé armé. Armé aussi d’un discours à livrer tel que prévu. Ce fut un banal catalogue de mesures et d’arguments attendus. Mais personne n’achète en une fois tous les produits d’un catalogue. En plus, un catalogue n’embarque pas son lecteur comme un roman d’aventure. Ce jour-là, Sébastien Lecornu a encore échoué à en proposer une qui puisse rassembler les Français.
Dans le journal Franc-Tireur du mercredi 31 décembre, Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos BVA, conclut par ces mots son analyse sur la période de crises que traverse la France : « Le drame actuel, c’est qu’il n’y a pas de récit fédérateur pour embarquer les Français […] C’est le vide qu’il faut combler ».
Ce récit fédérateur, s’il survient, sera oral. L’écrit n’y suffirait pas. C’est pourquoi la désaffection générale de nos politiques pour l’Art Oratoire est inquiétante.
Stéphane André
































































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