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Geoffroy Didier : un orateur éloquent en interview

Jeudi matin 27 mars, le secrétaire général du parti Les Républicains, Geoffroy Didier est interviewé sur France Info par la journaliste Alix Bouilhaguet. Il soutient la candidature de Laurent Wauquiez à la présidence de son parti, contre celle du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau.

Pourquoi Geoffroy Didier est-il un exemple d’orateur éloquent ?

Loin de chercher à briller personnellement, Geoffroy Dider met sa parole au seul service de la cause qu’il défend. Pas d’effets de manches, pas d’incidentes inutiles dans son argumentation, pas de mots parasites. Une voix nette, agréable, sans frottements gutturaux, et du rythme. Tout cela obtenu grâce au regard qu’en parlant il porte en permanence sur la journaliste. Non pas un regard pour la convaincre, mais un regard empreint d’intérêt pour elle, qui redresse sa posture et, par là, libère sa voix. Sans être un ténor de la politique, c’est un orateur de bonne tenue.

Dans cet interview, Alix Bouilhaguet cherche souvent à interrompre son invité. Geoffroy Didier termine tout de même ses exposés, couvrant alors sans effort la petite voix serrée de la journaliste. On continue donc de l’écouter. Pourtant, on l’a vu tout de même s’interrompre pour laisser parler la journaliste. Son attitude face aux interruptions n’est donc pas systématique. Cela indique une belle maîtrise des phases successives de l’interview. Voyons maintenant la traduction de cette maîtrise, dans sa tactique argumentaire sur une partie remarquable de l’interview.

Une qualité oratoire au service de ses idées politiques

La journaliste critique Laurent Wauquiez pour sa faible propension à s’engager. Elle cite notamment son refus d’entrer dans le précédent gouvernement de Michel Barnier. Geoffroy Didier répond en englobant cette critique dans une « rumeur de presse », pour en faire simplement une idée reçue. Sa qualité oratoire donne à cette opinion de bonnes chances de l’emporter dans l’esprit des militants indécis, contre celle des soutiens de Bruno Retailleau. Dans un débat d’idée, c’est l’effet attendu sur le public, des orateurs les plus éloquents. Sinon, que serait l’éloquence ? Geoffroy Didier opère ici une probable annexion argumentaire de la critique de Laurent Wauquiez formulée par la journaliste, au profit de ce même Laurent Wauquiez.

Puis, Geoffroy Didier souligne le bon travail de son favori comme président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, expliquant qu’il a baissé les impôts et augmenté les investissements. Sa qualité oratoire donne à cette opinion de bonnes chances de faire mouche auprès des militants indécis. Ce serait alors une belle extension argumentaire dans leur esprit, encore au profit de Laurent Wauquier.

Le rôle de l’ethos dans une prise de parole

Enfin, Geoffroy Didier loue le travail du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Mais rappelant que lui-même fut proche collaborateur d’un autre ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, il se dit bien placé pour savoir que la place Beauvau occupe son locataire « matin… midi… soir… et même la nuit ! ». Sous-entendu, comment Bruno Retailleau, qui doit conserver son poste puisqu’il y fait de belles choses, pourrait-il assumer en même temps la présidence du parti LR  ? La belle qualité oratoire de Geoffroy Didier laisse ici augurer une nouvelle annexion argumentaire, dans l’esprit des militants, du discours laudatif des soutiens du candidat Bruno Retailleau, toujours au profit de Laurent Wauquiez. Elle renforce en plus l’ethos (ou l’autorité) de Geoffroy Didier dans ce débat. Le ministère de l’Intérieur, il connaît !

Certes, l’interview réussie du soutien d’un candidat ne fait pas son élection. Mais elle peut au moins y contribuer.

Il nous arrive souvent de suggérer à nos élèves de rechercher dans leurs prises de paroles l’équilibre et la puissance, plutôt que le brio. Cette interview du secrétaire général du parti LR est un exemple à suivre.