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Dans la vie publique, l’Art Oratoire n’est pas une option

Quand on dit qu’une action n’est pas une option, cela veut dire qu’elle est impérative. Mais il faut ajouter que lorsqu’elle se réalise, on n’en parle pas tellement elle s’imposait. Ça n’était même pas un choix. Cette idée m’est venue en regardant une émission-débat sur la chaîne LCP, titrée : « De Gaulle, référence politique ou mythe culturel ? » Parmi les intervenants se trouvaient deux historiens biographes réputés du Général, le Britannique Julian T. Jackson, et Jean-Luc Barré, éditeur français et écrivain. Aucun des deux n’évoqua l’éloquence du Général. J’en fus étonné, mais la raison m’est apparue après coup.

L’Art Oratoire au service de la fonction

La fonction d’un président, tout comme celle d’un manager ou d’un professeur, n’est reconnue et respectée que lorsqu’il l’exprime au travers de l’Art Oratoire. Car cet art seul lui permet de l’incarner dans ses paroles publiques. Cela suffit à l’auditoire, qui dès lors ne se mêle pas de savoir comment il l’a incarnée. Il a vu et entendu la fonction, il était venu pour elle, il n’en demande pas plus. Julian T. Jackson ou Jean-Luc Barré non plus quand ils parlent du Général.

L’importance du personnage

Il faut pourtant noter qu’en toute fin d’émission Jean-Luc Barré tint à mettre en évidence deux qualités essentielles du général de Gaulle. La première est que ce fut toujours un homme seul. La seconde est qu’il n’eut jamais le souci de sa personne. Or tout orateur doit effectivement assumer d’être seul face au public avec le risque que cela implique. Il doit aussi tenir le discours de sa fonction et non celui de sa personne, qui bien souvent en tiendrait volontiers un autre. Jean-Luc Barré a certainement vu sur des vidéos de l’époque le discours du général De Gaulle à l’Albert Hall de Londres en 1942, repris dans le film La bataille De Gaulle, puis son discours de Bayeux en 1946, et son discours de Phnom Penh en 1966. Ces trois discours montrent combien cet orateur, à des moments cruciaux de notre histoire, par son impressionnante verticalité, sut revendiquer aux tribunes sa solitude au-dessus de la foule, et sa fonction pour la servir. En mettant en évidence ces deux qualités du général de Gaulle, Jean-Luc Barré a donc parfaitement montré, mais en creux et certainement sans s’en rendre compte, sa maîtrise totale de l’Art Oratoire.

Les grands orateurs de l’histoire, dont l’influence bénéfique sur notre vie publique est si souvent citée encore aujourd’hui, paraissent des exemples inaccessibles pour un simple manager devant ses collaborateurs, ou un simple professeur devant sa classe. C’est absolument faux. Pour chacun d’entre nous, aussi modeste que soit sa fonction, quel que soit son style, de Gaulle avait le sien, l’Art Oratoire n’est pas une option.

Stéphane André