Retourner sur le site

L’Art Oratoire n’est pas de la com’

Le 4 décembre vers 10h, sur le plateau de la chaîne LCI, les chroniqueurs habituels et le sociologue Jean Viard en duplex, échangeaient sur le thème récurrent de Paris coupé des territoires, des décisions prises en haut lieu dans l’ignorance de la réalité du terrain, etc. La journaliste Natacha Polony parla de la « verticalité » du pouvoir exercé par le président Macron sur les Français. Ce reproche lui est souvent fait, il est intéressant d’analyser ce qui le justifie. Cela pourrait être utile à tous ceux qui sont en charge d’un commandement dans une organisation, par exemple aux managers dans l’entreprise.

Parler à hauteur de son public

Emmanuel Macron est pourtant descendu parmi les Français il y a quelques années pour ses « grands débats ». Il en a encore réalisé un le 28 novembre dernier dans les Vosges. Le micro à la main, il parle debout au milieu d’une assemblée, au ras du sol, sans barrières ni tribune. En s’immergeant ainsi dans l’horizontalité du champ social, il semble vouloir gommer son image de président vertical. Il le fait encore quand il répond à des interviews en bras de chemise, accoudé à une table, pour parler comme vous et moi. Enfin, il le fait toujours quand il convoque des « conventions citoyennes », dont il met rarement en application les recommandations, mais au moins montre-t-il là encore l’intention de s’intéresser au quotidien des Français. Pourtant le reproche de la verticalité de son pouvoir, de décider de très haut sans connaître son peuple demeure. Natacha Polony s’en faisait encore l’écho le 4 décembre dernier à LCI.

Les grands débats, les interviews en bras de chemise et les conventions citoyennes restent des actions symboliques. Par elles le Président veut sans doute montrer aux Français qu’il est avec eux, et pas seulement au-dessus d’eux. Mais des actions symboliques ne font pas un leader. Il en faut un peu plus aux populations que l’on prétend diriger. En proposant ces actions, Emmanuel Macron encourt seulement le reproche de « faire de la com’ ».

Un positionnement crucial

Sa tentative maladroite et trop évidente d’exister dans l’horizontalité du champ social pour effacer l’exercice trop univoquement vertical de son pouvoir sur les Français, est touchante. Car, même s’il ne sait pas réunir en lui ces deux dimensions dans sa relation aux Français, il montre qu’il les sent toutes les deux indispensables à un leader.

Simplement, que ce soit dans les médias ou sur une place de village, le leader réussit dans ses prises de parole à se situer à la fois au-dessus et avec son peuple, car c’est un orateur. Emmanuel Macron n’est  qu’alternativement au-dessus ou avec son peuple. C’est le danger de la com’. Elle est cousue de fils blancs.

Stéphane André