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Nos paroles publiques doivent être des re-présentations

Le 8 juillet dernier, l’Assemblée nationale a voté le projet de loi « Justice criminelle ». Avant le vote, les représentants de tous les partis ont défilé à la tribune, exposant pourquoi leur parti voterait, ou ne voterait pas, ce projet. Quasiment tous les orateurs ont lu leurs discours, très vite, en se bornant à mettre quelques intonations particulières sur des mots qui leur semblaient importants. Le schéma était toujours le même : tel et tel article de cette loi nous conviennent, tel et tel autre article ne nous conviennent pas, moyennant quoi nous voterons ou nous ne voterons pas cette loi. Évidemment la position de chaque parti était sans surprise. C’est un peu comme si au théâtre on donnait le Tartuffe de Molière à toute vitesse, sans le jouer puisque chacun dans le public connait déjà la pièce. Le public sifflerait, ce qui n’aurait plus rien d’une re-présentation, c’est-à-dire d’une nouvelle présentation, du Tartuffe.

Re-présenter pour convaincre

L’orateur montant à la tribune de l’Assemblée nationale a le devoir de re-présenter les idées de son parti, pour faire vivre à tous les députés un évènement exceptionnel, comme le public en vit au théâtre. Pourquoi ? Mais pour convaincre. Faire douter ses opposants les plus résolus, rallier ceux qui le sont moins et conforter les alliés, bref parler à tous. On ne peut construire des majorités au parlement que sous le leadership des plus grands orateurs. Dans une démocratie, le parlement n’est-il pas par excellence le lieu où l’on parle ? Encore faut-il s’entendre sur ce que parler signifie dans la vie publique. Lecteurs pressés à la diction plate, nos députés ne songent plus à convaincre, ou ne pensent plus que l’Art Oratoire soit un moyen d’y parvenir. C’est à se demander si le parlement fonctionne encore. La plupart des candidats à l’élection présidentielle de 2027 réclament aujourd’hui des référendums, peut-être pour remplacer le parlement.

Redire, encore et toujours

On joue encore Tartuffe de nos jours au théâtre et c’est heureux. Car, quoique de façon différente, la religion est aussi présente dans notre vie sociale et politique qu’elle l’était au dix-septième siècle. C’est dire qu’elle sert encore de faux nez à quantité de dangereux Tartuffe. Les comédiens qui jouent Tartuffe aujourd’hui sont les vecteurs de la pensée de Molière, pour lui permettre encore de convaincre. En politique, dans l’entreprise, et dès l’école quand on fait un exposé devant la classe, il ne faut pas se lasser de re-présenter ses idées quand les circonstances le commandent.

Théâtraliser n’est pas un gros mot. Il signifie simplement incarner ses idées pour convaincre.

Stéphane André