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Professionnaliser la parole en public

Une technique de prise de parole en public ne peut se concevoir indépendamment d’une compréhension du but d’une parole publique. Et nous n’avons pas conçu celle que nous enseignons dans notre école sans avoir clairement défini ce but.

Un autre chemin que l’Art Dramatique

Notre expérience du théâtre nous a rendus légitimes pour apporter d’abord à des managers, puis à des élus politiques, et parfois à des enseignants, des conseils pour améliorer leur impact sur leurs publics habituels. Mais nous avons aussi découvert à leur contact qu’ils avaient comme orateurs un but très différent de celui des comédiens. Et nous avons ainsi défini pour nous, mais aussi pour eux, la mission spécifique de l’orateur au cœur de notre vie publique. Comprenant de mieux en mieux cette mission et y adaptant par touches successives nos techniques d’Art Dramatique, nous avons conçu une technique d’Art Oratoire, différente, et même inverse dans son processus, de celle de l’Art Dramatique.

Une compétence transverse et pourtant essentielle pour tous

Pourtant une école enseignant la parole en public ne peut être reconnue par l’État comme diplômante, parce qu’elle n’enseigne pas un métier, mais une compétence dite horizontale, pratiquée dans quantité de métiers. C’est une des raisons qui fait que le travail d’un orateur (car c’en est un) n’a jamais été professionnalisé. Contrairement à celui du comédien.

C’est pourquoi reste encore bien présente dans le monde des adultes, en entreprise comme en politique, l’idée qu’on est plus ou moins doué pour parler en public et que c’est une fatalité. Autrement dit que ça ne s’apprend pas. Nous démontrons pourtant, dans nos entreprises clientes, que n’importe quel manager ou consultant peut progresser dans l’Art Oratoire, en en comprenant bien le but et en en maîtrisant les techniques.

Ne soyez pas des comédiens

Et dans la population plus jeune, souvent étudiante, qui s’exerce aujourd’hui à la parole publique dans les concours d’éloquence, trop de candidats se trompent de but. Ils pensent de bonne foi devoir briller personnellement. Dans l’écriture d’abord (beaucoup lisent des rédactions tantôt magnifiquement écrites, tantôt boursouflées de mots d’esprit), dans la diction ensuite (trop d’effets calculés ou de surjeu dans le sentiment). D’autres enfin, parfois avec talent, jouent leurs textes comme des comédiens et ne parlent pas au public. Tous ont souvent beaucoup et bien travaillé pour préparer ce qu’ils nous ont asséné. Aussi sont-ils toujours étonnés, quand ils se présentent aux sélections pour notre propre concours d’éloquence, que nous ne les choisissions pas pour la finale. Ils l’auraient été ou l’ont été dans d’autres concours que le nôtre. C’est pourquoi ils ont malheureusement cru bien faire, et nous le leur expliquons. Ils ne sont pas fautifs, mais victimes d’idées dangereuses qui se propagent aujourd’hui sur le but d’une parole publique.

Rares sont finalement les candidats qui construisent ou reconstruisent avec leur public les mots, les tons et le rythme de leur discours. Ceux-là ne cherchent pas à briller, mais à convaincre. Nous les sélectionnons dans notre propre concours d’éloquence.

Pour une société juste et efficace

C’est une erreur de ne pas professionnaliser l’Art Oratoire, car la plupart des orateurs ne savent ni où ni comment orienter leur performance. Le sujet de la parole en public est crucial pour la santé de notre écologie sociale, quelles que soient les organisations où se tiennent des paroles publiques. C’est peut-être justement parce que l’Art Oratoire est une compétence dite horizontale, qu’il serait urgent aujourd’hui de le professionnaliser. L’excellent orateur ne devrait plus être une exception.

Stéphane André