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Les deux stratégies qu’il faut éviter quand on parle en public

Le trac de l’individu qui prend la parole devant un groupe le conduit en général à toute une série de défauts bien connus. Regards dans le vide, sons ou mots parasites, ton monotone, phrases qui n’en finissent plus, chute de la voix sur les fins de phrase, etc. Tous ces défauts viennent du fait qu’il n’est pas présent dans ce qu’il dit, parce qu’il est constamment préoccupé par ce qu’il va dire ensuite. Il vit donc dans le futur. C’est le phénomène de la pensée décalée qui fait qu’absent à son public qui, lui, vit dans le présent, il n’a plus peur. Et il ne sert à rien de lui signaler ses défauts d’expression, il s’y cramponne instinctivement puisqu’ils traitent sa peur.

Séduire pour prendre le dessus

Mais le trac de l’orateur peut aussi le conduire à une autre stratégie, tout aussi instinctive, qui consiste non pas à fuir son public dans le futur, mais au contraire à l’écraser de sa personne dans le présent. Toutes les façons qu’il aura de le faire peuvent se regrouper sous le terme de séduction. On trouve par exemple le discours préparé et répété à l’envi, que l’on assène tel quel sur son public sans en changer une syllabe. Voyez comme j’ai bien travaillé pour vous et comme je mérite votre estime. Ce peut être aussi une séduction plus directe, passant par le charme authentique de la personne. Démonstration d’un talent pour faire rire, autodérision, clins d’œil appuyés, plaisanteries bien placées, et bien d’autres procédés concourant au brio de l’orateur. Ou exposition de son cas personnel attirant la compassion ou l’admiration de tous pour la personne de l’orateur. Le public est alors beaucoup plus touché par le charme de la personne que par l’idée qu’elle est venue exposer. Il ne fait pas sienne cette idée, il reste à l’extérieur. Elle n’a servi que de prétexte à l’exposé de l’orateur qui, lui, n’a plus peur du public parce qu’il l’écrase de sa personne dans le présent.

Quand la personne prend le dessus, au préjudice du message

La stratégie instinctive de la pensée décalée relève de la fuite face au danger, celle de la séduction de l’attaque pour l’annihiler. Dans les deux cas, l’orateur sacrifie l’idée qu’il était venu servir, pour sauver sa peau. De plus en plus d’orateurs aujourd’hui choisissent sans le savoir – on ne peut leur en faire le reproche – de traiter leur peur du public par l’une ou l’autre de ces deux stratégies (nous n’en voyons pas d’autres). La conséquence est que les idées circulent de moins en moins. Les confrontations ne se font le plus souvent qu’entre les personnes. Elles sont donc plutôt annonciatrices de conflits et/ou de cultes de la personnalité.

Incarner son personnage

Entre les idées, il ne peut y avoir au pire que des désaccords, que de véritables orateurs qui les confrontent savent ensemble transformer en solutions nouvelles. Le moyen le plus sûr pour que circulent les idées et qu’elles donnent lieu à des débats fructueux pour nos organisations, écoles, entreprises ou nations, est que les orateurs n’exposent plus leur seule personne à leurs publics. Qu’ils produisent par la technique de leur art des personnages masquant leur personne. Personnages de conférenciers, d’enseignants, de managers, de députés, ou de présidents, seuls vecteurs possibles pour les idées.

Faut-il rappeler que tout art requiert la maîtrise d’une technique, et qu’elle s’apprend ? L’Art Oratoire ne fait pas exception.

Stéphane André