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La technique oratoire est au service du style

Chacun de nous est dépositaire de la grande histoire de son pays et de la culture qu’elle a forgée au cours des siècles. Par conséquent, chacun de nous dans ses paroles publiques les transmet toutes les deux, simplement par sa façon d’organiser sa pensée et de l’exprimer, qu’on appelle son style. Et chaque orateur a le sien, parce qu’en même temps que la grande histoire, il transmet aussi la petite, son histoire personnelle. Ce qu’a été son éducation, ses échecs et ses succès scolaires puis professionnels, ses voyages, sa vie amoureuse, etc. Tout cela le constitue et ne demande qu’à colorer son style.

Vers une crise du langage ?

Malheureusement, la qualité de nos orateurs aujourd’hui diminue, au point qu’on ne leur voit plus de style (ce à quoi nous assistons à l’Assemblée nationale n’est que la partie émergée de l’iceberg). On dira plus couramment qu’ils n’ont plus d’allure. Ils effacent ainsi peu à peu de leurs échanges notre grande histoire. Quant à la petite, leurs défauts d’expression ne sont que des moyens instinctifs de s’arranger du malaise d’être dans l’impossibilité de l’exprimer. Le risque existe donc d’un malaise général dans notre civilisation et d’une série de crises, à commencer par celle du langage, qui annonceraient sa fin. Bien des Cassandre, dites déclinistes, aujourd’hui se chargent de l’annoncer. Souvenons-nous que Sigmund Freud a écrit « Le malaise dans la civilisation ». Frappé par les guerres et les massacres du XXᵉ siècle en Europe, il y exposait la crainte que la pulsion d’agressivité chez l’homme, Thanatos, ne fragilise la pulsion de vie, Éros, à l’origine de toute culture.

La technique oratoire n’empêche pas le syle

La question nous est souvent posée de l’impossibilité qu’il y aurait à exprimer son style, si l’on acquiert, comme dans notre école, une technique pour parler en public. On sous-entend alors que même les défauts d’expression font partie du style, ce qui est une erreur grave. Les défauts d’expression dans une parole publique induisent toujours le malaise, puis l’agressivité du public qui les subit. Ils installent une disharmonie dans le discours qui entraîne une disharmonie dans les rapports sociaux.

Réunir la pensée et le corps

L’Art Oratoire se pratiquait certainement mieux dans les siècles passés, où la technologie ne flattait pas encore la paresse des orateurs. Ceux d’aujourd’hui se sont éloignés les uns des autres puis de la nature, en oubliant peu à peu leur corps. D’où ce malaise général auquel il ne faut pas chercher d’autre cause. Notre école est, en somme, une école du bonheur de vivre ensemble.

Stéphane André